C'est l'histoire d'un type qui, un soir, en rentrant du boulot, lance à sa femme : " Chérie, il faut sauver la planète. " Carrément ! Ce type n'est autre que… ma pomme – expression (fruitière) appropriée s'il en est. Ma pomme est, au départ, un écologiste " théorique " : en accord avec les grands principes environnementaux, mais moyennement regardant sur leur application au jour le jour ; familier avec les terminaisons en " able " (équitable, durable, raisonnable, responsable, soutenable, renouvelable…), mais coupable de ne pas passer plus souvent à l'acte. Ma pomme est propriétaire (depuis peu) d'une maison mal isolée, roule dans une voiture vieille de bientôt dix ans, trie ses déchets sans toujours faire très attention, aime traîner sous la douche et oublie souvent d'éteindre ses appareils électroménagers.
Sauver la planète ? Oui, bien sûr ! N'est-ce pas le message dominant du moment ? Partout – à la radio, dans le métro, sur les paquets de céréales, dans les magazines (comme Le Monde 2) –, il n'est question que de " gestes citoyens " et d'" éco-attitude ". Pas un jour ne passe sans que nous soient chantés les mérites des maisons passives et des panneaux photovoltaïques. Impossible de regarder tranquillement les réclames à la télévision sans entendre parler de développement durable – pour un peu, la pub nous demanderait presque de réduire nos achats, ce qui serait bien le comble ! Résister à cet épanchement d'exhortations et de grands sentiments relève, au choix, de l'exploit ou du déni. Alors, chiche ! Adoptons les recommandations tambourinées quotidiennement. Bio-responsabilisons-nous. Testons la " vie écolo " à la micro-échelle d'un foyer moyen (deux adultes, deux enfants). Dans la mesure du possible, s'entend.
EMPREINTE. Ce qui compte, en priorité, c'est de voir d'où l'on part. Faire un diagnostic environnemental de son propre mode de vie. Plusieurs outils existent pour cela. Premièrement, l'" empreinte écologique " individualisée que l'association WWF (World Wide Fund for Nature) vous propose d'établir sur Internet en quelques clics. Une dizaine de questions vous est posée afin de savoir si vous êtes plus surgelés que produits frais, plus mazout que bois de chauffage, plus voiture individuelle que transports en commun… A la faveur d'on ne sait quel algorithme, le résultat est alors mesuré en hectares, l'empreinte écologique se définissant comme une estimation de la superficie nécessaire à un individu pour répondre à ses besoins en ressources naturelles.
Nous concernant, la sentence est cruelle : avec 3,6 ha, nous sommes largement au-dessus de l'empreinte " soutenable " (2,1 ha). " Si chaque personne vivait comme vous, il faudrait deux planètes pour subvenir à nos besoins ", assène sans pitié WWF, avant de préciser – maigre consolation – que l'empreinte moyenne d'un Français est de 4,9 ha.
Vite, un autre test. Plus pointu et plus complet, comme le " bilan carbone personnel " de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Il faut, là, se munir d'un an de factures (eau, électricité, gaz) et être capable de répondre à une cinquantaine de questions allant du poids de viande rouge mangée chaque mois au nombre de pantalons achetés dans une année.
Las, le constat est identique : avec 1 418 " équivalents carbone ", mon bilan annuel est là encore inférieur à la moyenne nationale (2 800 éq. carbone) mais tout autant insupportable pour la planète. A lui seul, il représente " la quantité de gaz à effet de serre émise par une voiture de faible puissance effectuant un trajet de 25 784 km ", note froidement l'Ademe. Oups ! A propos de voiture, j'ai oublié de signaler l'existence de ma chère Renault dans le test. Passons, cela vaut mieux.
DYNAMO. Passablement accablé, le néoécolo ne désarme pas et décide de répertorier tout ce qui, chez lui, consomme de l'énergie – histoire de voir. L'exercice est amusant. Surtout au début. Moins à la fin quand il établit la présence, excusez du peu, de 56 appareils électriques. Un tiers, certes, dort dans des placards, comme ce fer à souder antédiluvien ou cette yaourtière n'ayant quasiment jamais servi. Mais les autres fonctionnent au moins une fois par semaine. Comparativement, les appareils à piles (beaucoup de jouets) sont nettement moins utilisés ; sauf qu'ils sont bien plus nombreux : 74. Restent les ampoules, accessoires phares de l'eco-life : avec 16 lampes basse consommation et 17 ampoules classiques (ainsi que quatre néons, un halogène et une LED), le bilan est plus qu'honorable. Revigoré, on se dit alors qu'on faisait jusque-là du développement durable comme M. Jourdain de la prose, sans le savoir.
Mais l'euphorie retombe illico après l'inspection de notre patrimoine vélo, autre objet culte de l'époque antigaspi : quatre des cinq bicyclettes alignées dans le garage sont dotées d'éclairages à piles et une seule (la plus ancienne) d'une lampe dynamo. Qu'à cela ne tienne, précipitons-nous chez Décathlon acheter quatre dynamos. Peine perdue : l'article est introuvable en rayon. " On en a, mais il faut les commander ", indique un vendeur. Le verdict est implacable : le lithium a supplanté l'huile de jarret.
TOPINAMBOUR. Mais comme on dit dans le jargon sportif, justement, l'heure est maintenant venue de " rentrer dans le dur ". Sur le site de GoodPlanet, la fondation du photographe et militant écologiste Yann Arthus-Bertrand, il est recommandé – comme un peu partout ailleurs – de consommer des fruits et légumes de saison cultivés localement. Le " légume du mois " conseillé en ce mois de mars n'est autre… que ce bon vieux topinambour. Préparé en purée, celui-ci peut accompagner agréablement " une volaille rôtie ", apprend-on, mais également… " un foie gras poêlé ". Sacrebleu ! Nous qui pensions que le gavage d'oies était prohibé par la morale écologique. Peu importe. L'idée nous paraît excellente.
Pas très longtemps, là encore. Avez-vous déjà essayé, au XXIe siècle, de proposer du topinambour à des enfants de 10 et 7 ans ? Inutile d'insister. Ni même de faire référence au sympathique Toobo, le petit singe en images de synthèse qui, chaque matin sur la chaîne Gulli, décrit un geste utile pour la planète (comme manger des légumes frais). Cuit puis réchauffé, le kilo de tubercules sera servi à trois repas différents. Avant de finir sa course verticalement, dans le composteur récemment installé au fond du jardin.
Source: lemonde
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