Pendant l'été, explorons ces quartiers d'un nouveau type qui surgissent de terre dans la métropole lilloise. Et d'abord, l'un des projets les plus ambitieux de France. À la croisée de trois villes (Tourcoing, Roubaix et Wattrelos) est en train de naître la zone de l'Union. À quoi ressembleront les villes du XXIe siècle ? La zone de l'Union se veut une esquisse.
C'était un quartier témoin de la vie industrielle d'autrefois. Des cheminées textiles, des bistrots couleur bleu de travail, des pavés où semblent résonner les fers des chevaux. Puis les panaches des cheminées se sont évaporés, les usines se sont vidées, la vie de labeur s'est arrêtée. Les années 80 jettent un voile gris sur les 80 hectares. À la veille du XXIe siècle, la communauté urbaine se penche sur cet espace convoité et décide d'y faire renaître de l'activité économique.
Les élus des trois villes n'imaginent pas une seule et immense zone économique, ils veulent y préserver de la vie : des logements, des écoles, des équipements collectifs (hôtel d'entreprises, collège, Maison de l'Union...), un nouveau quartier. Mais il faut être patient. « Il a fallu une quinzaine d'années de travail. Rien que pour la maîtrise foncière, racheter maison après maison, il nous a fallu dix ans. Le temps de l'urbanisme n'est pas le temps de la politique », rappelle René Vandierendonck, maire de Roubaix. Et les élus prennent le temps de définir leur projet. « Il faut faire un quartier qui doit répondre aux exigences de la ville de demain. Un quartier où se mêlent le logement et l'économie. Les activités doivent être moins consommatrices d'énergie. L'ensemble du site doit permettre aux usagers de s'y sentir bien », précise Michel-François Delannoy, maire de Tourcoing.
La SEM Ville renouvelée planche sur ce gigantesque projet. Premiers signes visibles : le pôle images installé dans l'ancienne manufacture Vanoutryve à califourchon sur Roubaix et Tourcoing. Des entreprises s'y sont installées (notamment Ankama et ses 300 emplois), des studios de tournage, une chaîne de télévision, le Centre régional des ressources audiovisuelles... Il reste encore de la place pour des entreprises dans le superbe bâtiment industriel réhabilité.
Mais d'ici quelques jours, ce sont des travaux au coeur de la zone qui vont débuter avec la construction du Centre européen des textiles innovants (CETI), fer de lance du pôle d'excellence. Car l'Union ne sera pas une ZAC. « On n'est pas dans une démarche de remplissage mais dans une démarche qualitative. Il y a un certain intérêt au voisinage de certaines entreprises », rappelle Agnès Crucé, responsable du secteur aménagement à la Ville renouvelée. Et c'est ainsi que l'Union a ferré l'un des fleurons économiques de la région. D'ici 2012, Oxylane (ex-Décathlon) va implanter le siège de sa marque Kipsta et ses activités sur 8,5 hectares. Résultat : soixante-dix emplois et des terrains de sports mis à disposition du quartier. Tout un symbole...
Écoquartier
Car la zone de l'Union sera bien un quartier avec ses activités, ses entreprises, ses logements : anciens, réhabilités avec un architecte de renom (Patrick Bouchain), et nouveaux avec des volontés architecturales marquées. « Les choix seront bientôt définis, sur les volumes, sur la densité puisque nous avons densifié l'utilisation du foncier », souligne Michel-François Delannoy. Parmi les exigences des élus : des bâtiments (d'habitat ou industriels) peu consommateurs d'énergie car l'Union veut décrocher le label d'écoquartier. « Il faut faire en sorte que les bâtiments permettent de vivre autrement dans le quartier en terme de services et de déplacements », insiste Yves Lepers, chargé de coordination du développement durable à la SEM. Le quartier bénéficiera également d'un parc urbain de 11 hectares.
Mais il faudra encore attendre près de quinze ans pour que l'ensemble de la zone de l'Union soit aménagé. D'ici là, rien n'est figé, les projets évoluent en même temps que les travaux... •
Une belle maison écologique.